Fontainebleau,
Les appartements Renaissance

Par ici la visite...

L 'empreinte de François Ier est manifeste à Fontainebleau. Pourtant, c'est vraiment dans la galerie qui porte son nom qu'elle s'exprime de la manière la plus éclatante. «Sa» galerie... difficile en effet d'utiliser un autre pronom possessif : tout à l'intérieur, les peintures, les sculptures comme les lambris, rappellent le grand roi amoureux des Arts. Charles Quint sera ébloui lorsqu'à la Noël de l'an 1539, alors que les deux rois ont fait une pause dans leurs luttes intestines, il est invité par François Ier à visiter sa galerie... Il devra le constater amèrement : la France était devenue «la nouvelle Rome» !

La galerie François Ier

Bâtie entre 1528 et 1530, la galerie relie la cour ovale sur laquelle donnent les appartements du roi et la chapelle de la Trinité. À cette date, la cour du cheval blanc n'existe pas encore : elle ne sera aménagée qu'une dizaine d'années plus tard. Pas question donc de considérer la galerie comme un espace de passage... Il s'agit bien d'une «extension» des appartements royaux. D'ailleurs, dès 1531, le roi enménage dans le donjon immédiatement situé à l'extrémité est de la galerie... La galerie est désormais un prolongement de sa propre chambre à coucher : c'est d'ailleurs le seul moyen d'y accéder... Un ambassadeur anglais invité privilégié à une visite particulière vendra la mèche : le roi garde la clé de la galerie autour du cou !

La galerie François Ier au château de Fontainebleau

La galerie vers l'est

Longue d'une soixantaine de mètres sur six de large, elle dispose à l'origine de deux rangées de fenêtres au nord et au sud. De même, deux cabinets occupent la partie centrale de la galerie : l'un sur l'aile nord, l'autre sur l'aile sud... Celui de l'aile nord est orné d'un buste du roi. Les cabinets ont tous les deux disparu aujourd'hui ; quant aux fenêtres de l'aile nord, elles seront obturées à la fin du XVIIIème siècle pour laisser la place aux Petits appartements... Les fenêtres nord de la galerie sont depuis remplacées par de fausses portes fenêtres ! La décoration de la galerie est réalisée entre 1535 et 1537. Elle est confiée à un artiste italien, Giovanni Battista di Jacopo dit Rosso Fiorentino : ancien élève de la prestigieuse académie de dessin de Florence, c'est un admirateur de Michel-Ange. C'est probablement à lui que le roi confie son «scénario» pour «sa» galerie... scénario qui jusqu'à ce jour, demeure énigmatique... Marguerite d'Angoulême, la propre sœur du roi, pourtant férue d'art, admettait ne pas y comprendre grand-chose ! Ici, point d'épopée mythologique comme dans sa voisine la galerie d'Ulysse aujourd'hui disparue. Pas non plus de fait historique ou même de scène religieuse. Il est désormais acquis que la galerie évoque un «portrait codé» du roi et de sa biographie, mais problème : quelle grille de lecture faut-il utiliser pour comprendre les multiples œuvres qui l'ornent ? Le père Dan, le supérieur du couvent des Mathurins situé dans la partie ouest du château, rédige au XVIIème siècle, quelques commentaires sur les fresques de la galerie. Mais il faut attendre le milieu du XXème siècle pour qu'apparaissent les premières tentatives d'interprétation générale... Malgré cela, la galerie reste encore mystérieuse par bien des côtés.

La galerie François Ier au château de Fontainebleau

La galerie vers l'ouest

Lorsqu'on y pénètre, c'est un sentiment de profusion qui nous assaille : il semble ne pas y avoir un seul centimètre carré qui ne soit recouvert de lambris, de sculptures ou de fresques. L'espace est saturé d'œuvres : tout l'art de la Renaissance semble s'être donné rendez-vous dans ce lieu unique. De chaque côté, une série de fresques encadrée par de riches sculptures en stuc ; un plafond à caissons à la française ; des lambris en chêne et en noyer pour habiller le tout. La présence royale est partout dans ce décor : les fleurs de lys, emblèmes de la royauté française, le «F» de François Ier et la salamandre, son animal fétiche.

La salamandre légendaire de François Ier

La salamandre légendaire de François Ier

Mais d'ailleurs, pourquoi un si curieux animal comme emblème ? Et pourquoi est-elle généralement représentée avec du feu ? La devise de François Ier, «nutrisco et extinguo» qui signifie «Je nourris et j'éteins», peut, par certains côtés, expliquer ce choix : la salamandre en effet, est un animal légendaire réputé vivre dans le feu et s'y baigner... Elle meurt lorsque celui-ci s'éteint. Alors, peut-on transformer la devise de François Ier de la manière suivante : «Je nourris le bien et j'éteins le mal» ? Toujours est-il que cette salamandre est ici représentée de multiples fois sous diverses formes selon l'inspiration de l'artiste. Quant aux fresques, elles sont organisées en 14 travées, 7 au nord et 7 en vis-à-vis au sud. La technique utilisée ici est classique : un artiste ne prépare que la quantité d'enduit nécessaire pour recevoir son travail journalier, une «giornata». Par suite grâce à une réaction chimique, la peinture effectuée sèche au contact prolongé de l'enduit.

Les fresques de la galerie

Vous trouverez ci-dessous un bref descriptif de chacune de ces fresques et afin de mieux vous repérer, elles seront numérotées et vous seront présentées dans le sens de la visite du château. Cependant, gardez en tête qu'à l'origine, la galerie était plutôt parcourue depuis la chambre du roi, c'est-à-dire d'est en ouest... un «détail» qui a mis à mal les premières tentatives d'interprétation.

Le sacrifice (1)

La galerie François Ier : Le sacrifice

Un autel duquel jaillit un feu. Une sorte de grand mage debout à côté invite des porteurs de jarre à approcher. De jeunes mères assises à ses pieds s'occupent de leurs enfants, tandis que deux autres vieillards font leur entrée sur la droite et qu'à gauche, un homme quasiment nu semble traîner une femme par les cheveux. Le feu... une référence à la salamandre ? Le grand prêtre serait-il François Ier en personne ? Dans ce cas, la fresque pourrait symboliser le double pouvoir, spirituel et temporel, dont dispose les rois de France. Cependant, il est également possible d'imaginer que ce prêtre serait François de Paule, un ecclésiastique qui avait prédit un destin royal au futur héritier de la mère de François Ier... Dans ce cas, cette fresque serait une évocation de la naissance de François. Finalement, le titre de la fresque, «le sacrifice» est-il bien choisi ?

L'ignorance chassée (2)

La galerie François Ier : L'ignorance chassée

Un personnage vêtu en empereur romain, un livre sous le bras, tient une épée : aucune hésitation à priori... Il s'agit de François Ier entrant dans un temple éclairé de l'intérieur. Au seuil de la porte du temple, plusieurs personnages les yeux bandés errent sans but, se lamentent ou implorent le roi. Cette fresque encense le roi vertueux qui contribue à chasser l'ignorance en favorisant les valeurs humanistes de l'éducation et de la connaissance. Faut-il y voir un hommage à la création du futur Collège de France ?

L'éléphant fleurdelisé (3)

La galerie François Ier : L'éléphant fleurdelisé

Aussi curieux que ceci puisse paraître, l'éléphant est François Ier, sans aucun doute possible : un «F» et des fleurs de lys sur son carapaçon et une salamandre sur son chanfrein. Rappelons que le commanditaire de la galerie n'est autre que François lui-même... Il n'a donc pas hésité à se faire représenter en pachyderme... Le moins que l'on puisse dire, c'est que le roi ne manque pas d'humour ! Rappelons également le symbole de force et de sagesse que l'éléphant représente. Au balcon, une foule le contemple. À ses pieds, l'assemblée des dieux de l'Olympe : Zeus avec la foudre gouverne les cieux, Poséidon et son trident veille sur les océans et Hadès avec son cerbère garde les enfers... Les trois dieux sont littéralement aux pieds du roi. À ses côtés, une cigogne semble veiller sur l'éléphant... Ne serait-ce pas une allégorie de l'amour filial symbolisant l'affection toute particulière de François pour sa mère ? Enfin, certains historiens voient une signature personnifiée de cette fresque. Regardez le personnage roux et barbu sur la gauche : il ressemblerait à Rosso lui-même... Surprenant, non ?

L'unité de l'état (4)

La galerie François Ier : L'unité de l'état

Ici également, point besoin de chercher très loin : le personnage central est François Ier en César. Il tient dans sa main une grenade, un fruit symbolisant la concorde car ses multiples graines sont enveloppées dans une écorce. Autour de lui, plusieurs personnages appartenant à différentes corporations de métiers : soldats, ecclésiastiques, bourgeois, paysans... la société semble mise en scène... Le roi comme garant de la cohésion des Français.

Les jumeaux de Catane (5)

La galerie François Ier : Les jumeaux de Catane

Un incendie, des gens qui essaient d'éteindre le feu tandis que d'autres tentent de le fuir. Deux des fuyards portent de vieilles personnes et sont guidés par des bambins ; l'un d'eux porte un petit chien dans ses bras. La plupart des historiens de l'art s'accordent à dire que la scène évoque un incendie à Catane, une cité sous la menace constante du volcan Etna en Sicile. Les sauveteurs seraient deux jumeaux, Amphinomus et Anapias, portant leurs parents... De là à interpréter qu'il pourrait s'agir des deux fils de François Ier qui ont été laissés quatre ans en otage à la place de leur père chez Charles Quint à Madrid... Quelle plus belle preuve d'amour filial et de dévouement ?

Cléobis et Biton (6)

La galerie François Ier : Cléobis et Biton

Une vieille femme se rend au temple d'Hera, déesse de la fécondité et femme de Zeus, sur un char trainé par deux hommes : la femme est Cydippe, une grande prêtresse ; les deux jeunes gens sont ses fils Cléobis et Biton. Sur la droite, au pied du char, des taureaux gisent morts. La légende veut que Cydippe ait dû se rendre au temple d'Héra sur un char tiré par des taureaux blancs. Comble de malchance : une épidémie frappe tous les animaux de la ville : les deux fils se chargent alors de remplacer les animaux sur les huit kilomètres les séparant du temple. Arrivés sur place, après un grand festin, Cydippe implore le meilleur pour ses fils... La déesse lui accorde immédiatement cette faveur en les endormant à jamais. Elle venait de leur donner ce qu'il y avait de meilleur pour un mortel : la mort ! Curieuse manière de «récompenser» la piété filiale ! Notez que l'image, comme beaucoup d'autres à la Renaissance, fait fi de l'unité de temps : on y voit en effet l'épidémie, le voyage jusqu'au temple, les deux jeunes gens morts et en arrière-plan, la déesse qui repart sur son char... une sorte de bande dessinée de l'époque. On peut encore une fois ici imaginer que le sujet de la fresque symbolise l'affection toute particulière que François avait pour sa mère Louise de Savoie.

La nymphe de Fontainebleau (7)

La galerie François Ier : La nymphe de Fontainebleau

Cette fresque n'est pas contemporaine des autres. En effet, à sa place se trouvait un cabinet arborant un buste de François Ier : il était entre autre possible d'y entretenir quelques conversations privées. Sur ce cabinet, on trouvait une fresque de l'union entre Sémélé et Zeus. Le cabinet détruit au XVIIIème siècle, il était nécessaire d'en combler l'espace : c'est ainsi que cette fresque est réalisée au milieu du XIXème siècle. Elle symbolise la légende de la découverte de la fontaine de fontainebleau et représente sa nymphe.

Danaé (8)

La galerie François Ier : Danaé

C'est la seule fresque que l'on doit à Primatice, le successeur de Rosso au château de fontainebleau. Aussi curieux que cela puisse paraître, elle représente l'union de Zeus et de Danaé... Mais où est Zeus ? Dans la poudre d'or qui tombe du plafond... ! En associant cette fresque à celle qui lui faisait face à l'origine, on constate que cette travée centrale est plutôt dédiée aux amours du dieu des dieux... Un signe ?

La vengeance de Nauplius (9)

La galerie François Ier : La vengeance de Nauplius

Cette fresque est probablement la plus noire de toutes celles présentes dans la galerie. Les Grecs sont de retour victorieux de la guerre de Troie. Mais l'un d'eux, Nauplius, veut se venger : Ulysse a en effet accusé son fils de trahison et l'a fait condamner à mort injustement. Il fait allumer un phare sur une côte tourmentée : les navires grecs croyant rentrer au port s'abîment sur les récifs... Les marins se noient ou sont abattus à coups de rame. Cette fresque évoquerait-elle la trahison du Connétable de Bourbon qui, en 1523, passe du côté de l'ennemi Charles Quint ?

La mort d'Adonis (10)

La galerie François Ier : La mort d'Adonis

Adonis, un jeune éphèbe dont la déesse Vénus est amoureuse, est victime d'un sanglier... Il agonise. Autour de lui, trois anges pour le soutenir... Des historiens de l'art évoquent les allégories de la fortune, de l'amour et de l'adversité. Sur les nuées en haut à droite, Vénus sur son char, désespérée, s'arrache les cheveux. Pour beaucoup, cette fresque illustrerait la mort du dauphin François en 1536 alors qu'il n'avait que 18 ans: il aurait été foudroyé après avoir avalé de l'eau glacée et aurait agonisé trois jours durant... Se pourrait-il qu'il y ait eu quelque poison dans l'eau fraîche ??

L'éducation d'Achille (11)

La galerie François Ier : L'éducation d'Achille

À l'image de «Cléobis et Biton», cette fresque représente les mêmes personnages à différents moments. On y voit le sage centaure Chiron éduquer un jeune homme, probablement un prince... François Ier lui-même ? L'un de ses fils ? Toujours est-il que ce jeune s'entraîne à divers exercices faisant tous partie de l'éducation des jeunes princes : le maniement des armes, la natation, la chasse, probablement la musique... La jeunesse guidée par la force et la sagesse...

La jeunesse perdue (12)

La galerie François Ier : La jeunesse perdue

Hermès, dans la partie supérieure de la fresque, vient porter la bonne nouvelle aux Hommes : Zeus leur accorde la jeunesse éternelle. Cette dernière, symbolisée par une jeune femme, est portée par un âne... Les Hommes ont probablement voulu éviter de porter le fardeau ! L'âne a soif... Il s'arrête pour s'abreuver. Le gardien des lieux, un dragon, exige son droit de passage : l'âne lui abandonne son propre fardeau... Désormais, l'Homme jeune et insouciant sur la gauche subira les affres de la vieillesse et de la dégénérescence à l'image des personnages de droite.

La Vénus frustrée (13)

La galerie François Ier : La Vénus frustrée

Au centre, une femme nue, Vénus, est penchée sur un angelot endormi symbolisant l'amour... Lui parle-t-elle ? Le réprimande-t-elle ? Debout sur une marche de l'escalier, une femme se lamente. Autour d'elle, d'autres angelots brandissent des armes. Sur la droite, un personnage marque l'une des pages d'un livre. Cette fresque, plus que toute autre, permet de mesurer le caractère ambigu que recouvraient parfois les œuvres mythologiques de la Renaissance. Jugez-en donc par cette première lecture possible. Le départ du roi pour la guerre est imminent : déjà, des anges lui portent ses armes et sa femme... ou sa maîtresse (!)... se lamente. Vénus tente en vain de réveiller l'amour qui permettra au roi de retarder, voire d'annuler son départ. Une toute autre interprétation ? Le roi, «grand infidèle parmi les infidèles», a des maîtresses : Vénus propose un livre et des armes à l'Amour, le vrai, celui couché devant elle. Il pourra ainsi lutter contre l'amour profane symbolisé par la femme qui se lamente : vaincue, elle doit fuir. Les deux interprétations se tiennent mais François Ier en a emporté le secret dans son mausolée de Saint-Denis... Ou bien souhaitait-il tout simplement que, justement, l'explication reste «ouverte», se réservant ainsi la possibilité d'adapter son discours en fonction des circonstances ?

La bataille des centaures et des Lapithes (14)

La galerie François Ier : La bataille des Lépithes et des Centaures

Centaures et Lapithes sont de la même famille. C'est la fête : Pirithoos, le roi Lapithe, se marie. Les Centaures sont invités à la noce mais ils s'enivrent un peu trop... C'est le drame ! Lapithes et Centaures s'entre-déchirent avec violence. Cette scène de l'Odyssée a-t-elle une signification masquée ? Doit-on penser aux guerres interminables entre la maison d'Autriche et le royaume de France ? Entre Charles Quint et François Ier, beaux-frères depuis 1530... ?

Les mystères de la galerie

À la lecture de ces quatorze fresques, on sent bien que toute la galerie doit son unité à la personne du roi François Ier. En revanche, son sens général nous échappe encore. Plusieurs spécialistes en iconographie se sont penchés sur cette œuvre et ont émis quelques hypothèses, mais force est de constater qu'ils ne parviennent à fournir ni une grille de lecture satisfaisante, ni une explication claire.

Un premier scientifique, Erwin Panofsky, s'est penché sur le problème en 1958 et a émis une hypothèse assez simple : chaque fresque symboliserait un évènement de la vie du roi et elles seraient disposées par ordre chronologique. Quelques fresques répondent en effet correctement à une telle grille de lecture. Ainsi «l'éléphant fleurdelisé» qui symbolise la toute-puissance du roi de France ou bien «l'ignorance chassée» qui évoquerait la naissance du Collège de France. En revanche, certaines œuvres restent inexplicables, mais surtout, l'ordre chronologique ne serait pas respecté : ainsi, si «l'éducation d'Achille» représente l'éducation du roi, pourquoi ne se trouve-t-elle pas vers le début de la galerie ? Selon l'aveu même de Panofsky, la chose ne colle pas ! De plus, le scientifique n'aurait à priori pas pris en compte le «vrai» sens de circulation originel dans la galerie... d'est en ouest... la jeunesse du roi aurait dû être représentée du côté de sa chambre, ce qui ne semble pas non plus être le cas !

La galerie François Ier : Une enfilade de fresques

Une enfilade de fresques

En 1972, la galerie est restaurée. Un historien de l'art, André Chastel, en profite pour l'étudier d'un peu plus près et propose une autre grille de lecture. Pour lui, chaque fresque est à associer à celle qui lui fait face : elles constitueraient deux déclinaisons du même thème. Ainsi par exemple, «l'éléphant fleurdelisé» irait de pair avec «l'unité de l'état» et représenterait le pouvoir royal. Cependant, il a aussi conscience que cette lecture élude totalement l'encadrement des fresques ; or, il a le sentiment que ces cadres font également partie du sens général de la galerie. Ces cadres sont constitués de volets de part et d'autre de chaque fresque, et d'un cartouche au-dessous. Parfois, les volets soulignent le thème de la fresque à l'image de ceux de «Cléobis et Biton» qui évoquent une épidémie ; de même pour «le sacrifice» dont les volets rappellent ce rite. Certains volets sont peints, d'autres sont en stuc ; de même pour les cartouches. Il imagine donc un parcours qui conduirait le visiteur à lire les œuvres en suivant les volets peints d'abord, puis ceux en stuc ensuite ; idem pour les cartouches... Le parcours de visite serait alors plutôt fait «en zigzag».

La galerie François Ier : Une fresque et son encadrement de sculptures

Une fresque, son encadrement de sculptures et son cartouche

On peut maintenant imaginer un sens de parcours tout aussi étonnant. La première fresque, lorsque l'on pénètre dans la galerie du côté est comme on devrait normalement le faire, est «la Vénus frustrée». Ses volets sont, à droite, une jeune femme qui nous regarde et nous invite à pénétrer ; à gauche, un jeune homme regarde en diagonale de l'autre côté de la galerie ... Ne serait-ce pas une invitation à aller voir l'un des tableaux de vis-à-vis en deuxième ?... Ne faudrait-il pas imaginer que ces statues sont nos guides ?

Enfin, on peut aussi se rappeler qu'au centre nord de la galerie se trouvait un cabinet orné d'un buste du roi. Or, si l'on se positionne sur ce point, on peut observer que les fresques à la droite du buste sont majoritairement optimistes et célèbrent le triomphe du pouvoir ; au contraire, celles situées à gauche sont résolument noires voire défaitistes... Ce constat doit-il être mis en regard des valeurs accordées à la droite et à la gauche dans la religion ? Est-ce une piste pour la lecture de la galerie ?

Aucune certitude n'est avérée aujourd'hui. Cependant, s'il y a une chose dont on peut être quasiment certain, c'est que cette galerie n'est pas faite pour être lue d'un point A à un point B en passant les fresques les unes après les autres. De même, la plupart des œuvres ne sous-tendent pas un message unique : l'utilisation de la mythologie permet au contraire, comme souvent à la Renaissance, de fournir une lecture multiple... Des thèmes à priori choquants ou très complexes peuvent ainsi être abordés sans provoquer les foudres du clergé tout-puissant.

La salle de bal

À l'époque du château féodal, cet espace est ouvert : François Ier décide d'y faire aménager les offices. La chapelle Saint-Saturnin est construite dans le prolongement de l'espace, côté est, mais son accès est très peu aisé depuis la Porte dorée, l'entrée du palais. En 1546, le roi décide de reconvertir l'emplacement en une loggia qui servira à la fois de salle de réception et d'apparat mais aussi de passage entre la Porte dorée, l'entrée du palais, et la chapelle... La salle, côté sud, est maintenant une sorte de «balcon panoramique» ouvert sur le parc.

La salle de bal du château de Fontainebleau

La salle de bal au début du XXème siècle

A la mort de François Ier, Henri II , son héritier, décide de faire transformer cette loggia en une somptueuse salle de bal. Les travaux sont confiés à Philibert Delorme, l'architecte du roi : il habille les baies vitrées de menuiseries, achève la toiture sous laquelle il fait aménager un magnifique plafond à caisson et fait construire la tribune des musiciens et la cheminée. Cette dernière repose, à l'origine, sur deux atlantes en bronze... Des colonnes en plâtre les remplacent aujourd'hui. Enfin, pas moyen d'oublier le commanditaire de la salle : le «H» de Henri II entremêlé aux deux «C» de la reine Catherine de Médicis sont gravés sur cette cheminée ! Désormais, la salle mesure 30 mètres de long sur 10 de large.

Les fresques sont, quant à elles, commandées à Nicolo dell'Abbate qui travaille d'après des dessins de Primatice. Tous les décors mettent en scène des personnages mythologiques, à l'exception d'un concert peint à côté de la tribune des musiciens située au-dessus de la porte d'entrée. Les fresques peintes dans cette salle peuvent se lire comme une histoire. La première scène évoque la pomme de la discorde et les conséquences qui en ont découlé : la guerre de Troie. Les fresques suivantes vont ensuite toutes dans le même sens : comment un monde de discorde et de haine peut-il se transformer en un paradis harmonieux grâce, entre autres, à la musique et au vin. «Harmonie», le mot est lâché : peut-on aller jusqu'à imaginer un désir de paix ?

La tribune des musiciens dans la salle de bal du château de Fontainebleau

La tribune des musiciens

Durant la seconde moitié du XVIème siècle, nombre de banquets et de bals sont donnés dans cette salle. Les hôtes entrent par la double porte et s'assoient à des tables soutenues par des tréteaux : les invités d'honneur sont installés au fond, devant la cheminée, les courtisans sur les côtés. Le banquet terminé, les tables sont enlevées et le bal peut commencer. Souvent, ceux-ci sont masqués... François Ier n'est pas le dernier à se travestir et à apparaitre dans les tenues les plus extravagantes : en centaure avec toute une mécanique lui permettant de bouger ses pattes arrière, ou même en... crevette !

Cette salle est très utilisée jusqu'au milieu du XVIIème siècle, période à laquelle elle commence à être délaissée : elle abrite alors des gardes suisses ! Restaurée avec plus ou moins de bonheur sous la Monarchie de juillet, la salle accueille le mariage du fils de Louis-Philippe ; Napoléon III et l'impératrice Eugénie y recevront les ambassadeurs du roi de Siam en 1861.

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