Fontainebleau,
Villégiature des rois de France

Par ici la visite...

S itué à quelques dizaines de kilomètres de Paris au cœur d'une forêt giboyeuse, ce joyau du patrimoine français est souvent considéré comme une «résidence de vacances» des monarques français. Et de fait, plusieurs souverains s'y sont octroyé des pauses en dépit de leurs agendas très chargés : François Ier s'y adonnait à la chasse, Henri IV à la paume, Louis XIV et Louis XV au théâtre, Napoléon Ier... au travail !

La cour des adieux - Château de Fontainebleau

La cour des Adieux

À l'origine... Le château féodal

Le site est pour la première fois mentionné dans un document officiel en 1137. Durant le Moyen-Âge, c'est un château fort qui voit passer bon nombre de hauts dignitaires... Thomas Beckett, exilé, en disgrâce à Sens, Philippe Auguste de retour de croisade, Saint-Louis qui y installe des religieux guérisseurs, Philippe le Bel qui y naît... et y meurt. Jusqu'au début du XVIème siècle, deux corps de bâtiment existent sur le site : à l'ouest, un couvent adossé à une chapelle à l'emplacement de la cour du cheval blanc et à moins d'une centaine de mètres, entouré de douves, un château médiéval édifié autour d'une cour ovale et doté d'un donjon carré, seul vestige ayant résisté au temps.

La cour ovale - Château de Fontainebleau

La cour ovale

Le coup de foudre de François Ier

1525... Pavie... Un désastre ! Le glorieux François Ier de Marignan reste prisonnier de Charles Quint une année durant. À son retour, ce n'est plus le même homme... Ce ne sera jamais plus le même règne. Lui et l'Empereur ont enfin compris que les champs de bataille n'apporteraient pas de vainqueur franc et massif : désormais, leurs bisbilles s'exprimeront «de préférence» dans l'ombre. François peut maintenant se consacrer aux Arts, un goût qui lui vient de sa mère, Louise de Savoie. De même, il poursuit son œuvre bâtisseuse. Le chantier pharaonique de Chambord démarre en 1519... et s'achève une trentaine d'années plus tard. Où «habiter» durant la fin des travaux ? Amboise, là où François avait passé sa jeunesse ? Blois, la demeure préférée de son prédécesseur Louis XII, qu'il avait contribué à embellir ? Son choix ne se portera ni sur l'un, ni sur l'autre... Il jette au contraire son dévolu sur le site de fontainebleau, en plein cœur d'une forêt dans laquelle il peut s'adonner à son sport favori, la chasse aux «bêtes rousses et noires»... «car tel est mon bon plaisir» selon la formule consacrée qu'aurait prononcée François Ier.

La galerie François Ier - Château de Fontainebleau

La galerie François Ier

En 1528, il rachète le couvent qui y est érigé et transforme le château féodal. À leur place, reposant sur quelques infrastructures d'origine, il fait élever un palais dans le style Renaissance «à la française» : les appartements royaux et la loggia dans lesquels on pénètre par la porte dorée, sont bâtis autour de la cour ovale, et reliés à la chapelle Sainte Trinité par une galerie qui fera l'admiration de tous. Sous cette galerie, au rez-de-chaussée, l'appartement des bains : le roi y expose ses trésors... « La Joconde» de Léonard de Vinci, « La belle jardinière» de Raphaël, des bronzes acquis à Rome ou des reproductions fidèles à base de «creux» de statues célèbres y figurent en bonne place. Partout, l'élégance et le raffinement sont à l'honneur : François Ier invite de grands artistes italiens à exprimer leur art dans son tout nouveau palais... Autour de Rosso Fiorentino puis de Primatice, ce seront ainsi plusieurs artistes qui se retrouveront au sein de l'École de Fontainebleau... Au milieu du XVIème siècle, Giorgio Vasari, biographe des artistes de l'époque, considère Fontainebleau comme la «nouvelle Rome». Après la galerie, ce sont les environs de l'ancien monastère qui sont aménagés : la cour du cheval blanc est maintenant bordée de trois ailes... Le fameux escalier «en fer à cheval» viendra orner la façade principale au milieu du XVIème siècle mais il n'adoptera sa forme définitive si caractéristique qu'au début du XIXème siècle. À la mort de François en 1547, le château peut accueillir un millier de personnes.

Eaux et jardins

Durant la seconde moitié du XVIème siècle, le château est un lieu où l'on s'amuse beaucoup : Henri II y fait aménager une salle de bal dans laquelle de somptueuses fêtes sont organisées. Cependant, il faut attendre la fin du XVIème siècle pour que le château soit à nouveau mis en lumière. Henri IV, roi de France depuis 1589, a une affection toute particulière pour le site. Il dépense sans compter pour compléter l'œuvre architecturale de son prédécesseur. Il fait notamment aménager une nouvelle entrée de service à l'est avec la cour des offices, fait redresser la cour ovale par trop irrégulière, créé une salle de jeu de paume et deux galeries. Il invite également des artistes qu'il charge de décorer les nouveaux aménagements : c'est la naissance de la seconde École de Fontainebleau... Ensemble, ils vont écrire les premières pages du classicisme à la française... la voûte de la chapelle de la Trinité en est un brillant exemple. Cependant, les embellissements qui retiennent le plus l'attention sont le parc de 130 hectares et les jardins avec leurs multiples fontaines alimentées par un ingénieux système d'aqueducs... Ces fontaines seraient d'ailleurs à l'origine du nom Fontainebleau : «Fontaine», «belle eau». Mais c'est le grand canal qui constitue probablement l'apothéose. Long de plus d'un kilomètre et large de 50 mètres, il a fallu trois ans pour le créer... et 8 jours pour le remplir ! Les embarcations les plus saugrenues flottent sur cette pièce d'eau : le jeune Louis XIII s'y promène en... galère !

L'étang aux carpes - Château de Fontainebleau

L'étang aux carpes

L'autre Versailles

Le XVIIème puis le XVIIIème siècle voient Fontainebleau se faire chiper la vedette par Versailles. Néanmoins, plusieurs invités prestigieux comme le tsar Pierre le Grand y sont encore reçus et bon nombre de cérémonies y sont organisées à l'image du mariage de Louis XV en 1725. De même, plusieurs traités y sont signés à l'instar de la révocation de l'Édit de Nantes en 1685 interdisant la pratique de leur culte aux protestants. Louis XIV continue à y résider quelques jours par an. Il demande à ses paysagistes favoris André le Nôtre et Louis le Vau, de laisser sa trace dans le château : ces derniers réagencent les jardins et créent le plus grand parterre d'Europe... 45 000 plantes y fleurissent à la belle saison. Louis XV quant à lui fait construire de nouveaux logements entraînant certaines démolitions et plusieurs réaménagements... La chambre de la duchesse d'Étampes, l'une des favorites de François Ier, devient ainsi l'escalier du roi. Il fait également construire une salle de théâtre dans laquelle on assiste à des pièces de Rousseau ou des tragédies lyriques de Rameau. À la fin du XVIIIème siècle, Fontainebleau comme Versailles sont de hauts lieux de cour dans lesquels luxe, volupté, élégance et culture font partie du quotidien des courtisans... Ainsi selon Talleyrand, «qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789, ne sait pas ce que c'est que la douceur de vivre».

Le grand parterre - Château de Fontainebleau

Le grand parterre

Les adieux à la vieille Garde

1789... Comme pour beaucoup de bâtiments religieux ou liés à l'aristocratie, l'année est fatale... Fontainebleau n'échappe pas à cette règle. Le château est entièrement vidé de ses meubles mais n'est pas mutilé. Heureusement, en 1803, Napoléon Bonaparte alors consul, y fait une halte : un an plus tard, il décide d'en faire sa résidence secondaire après Saint-Cloud, commande de nouveaux appartements et remeuble entièrement le château en seulement 18 jours. Napoléon est sacré empereur le 2 décembre 1804... Fontainebleau devient résidence impériale. Le trône y est installé et l'empereur y signe d'importants traités. En 1812, un «hôte» important y «réside» plus d'un an et demi : le pape Pie VII... Il y reste jusqu'à ce qu'il signe le concordat que Napoléon lui «proposait» !

Début 1814, l'empire vacille. Après la catastrophique campagne de Russie, la Grande armée est réduite à peau de chagrin : elle ne peut empêcher la prise de Paris par les coalisés le 30 mars. Napoléon se réfugie à Fontainebleau mais doit signer son abdication le 6 avril. Le 12, il tente en vain de s'empoisonner mais doit se rendre à l'évidence : «La mort ne veut pas de moi»... C'est donc l'exil qui l'attend. Le 20 avril, il s'adresse à sa vieille garde réunie dans la cour du cheval blanc désormais connue comme la cour des adieux : «Adieu, mes enfants ! Je voudrais vous presser tous sur mon cœur ; que j'embrasse au moins votre drapeau».

Les Adieux à la Vieille Garde

Les Adieux à la Vieille Garde

La villégiature impériale

Fontainebleau est très peu prisée par Louis XVIII et Charles X, un peu plus par Louis-Philippe qui réaménage quelques décors intérieurs et y marie son fils. En revanche, héritage oblige, Napoléon III, mais surtout son épouse Eugénie de Montijo, en font l'une de leurs demeures favorites : Fontainebleau est pour eux synonyme de joie de vivre et de «vacances» au contraire de Saint-Cloud ou de Compiègne qui revêtent un caractère plus officiel. L'impératrice se fait construire un petit théâtre et un musée dans lequel elle conserve des œuvres extrême-orientales qu'elle affectionne tout particulièrement. La galerie de Diane se transforme en une gigantesque bibliothèque et de nouveaux salons d'agrément sont agencés... Ce sont dans ces salons dédiés aux loisirs impériaux, que sont organisées les fameuses dictées de Mérimée.

Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, le château de Fontainebleau fait aujourd'hui revivre à ses milliers de visiteurs, la formidable histoire de la monarchie française sur près de cinq siècles.

La cour impériale au château de Fontainebleau sous Napoléon III

La cour impériale au château sous Napoléon III

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