François Ier

Sa vie...

F rançois Ier n'aurait jamais dû être monarque... et pourtant, il fût un grand roi ! Il naît le 12 septembre 1494 alors que Charles VIII est roi de France. Le 7 avril 1498, la tête de ce dernier heurte une poutre un peu basse au château royal d'Amboise : il décède sans laisser de descendance directe... Louis XII, de la branche cadette des Orléans, devient le nouveau roi. Mais les années passent sans enfant mâle : Louis XII marie alors sa fille Claude à son cousin François. Louis XII meurt le 1er janvier 1515 : François devient François Ier le 25 janvier 1515, à un peu plus de 20 ans... Il est beau, très grand, athlétique, cultivé, séducteur, fougueux et avide de gloire : il va bientôt pouvoir le montrer au monde.

François Ier - Titien

François Ier par Titien (1539)

François Ier revendique le duché de Milan : il lance son armée vers l'Italie sur les traces de ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII. Il franchit les Alpes et arrive devant Milan : la bataille de Marignan s'engage le 13 septembre 1515 contre la farouche armée suisse, de redoutables mercenaires qui se vendent au plus offrant. Au matin du 14, la victoire est française... leur artillerie, la plus sophistiquée du monde, a fait la différence ; un certain Bayard, «le chevalier sans peur et sans reproche» a contribué à la victoire. À ce propos, ne pas croire la légende selon laquelle il aurait fait chevalier François Ier sur le champ de bataille : il ne s'agit que de propagande de l'élite du XIXème siècle alors à la recherche de figures héroïques de notre Histoire ! Le règne du jeune roi débute ainsi en fanfare : la France recouvre la Lombardie et signe un accord de paix avec la Suisse et avec Charles Ier d'Espagne, le futur Charles-Quint : celui-ci restitue la Navarre à la France contre une promesse de mariage avec Louise, la fille aînée du roi de France alors âgée d'un an... Dans la dot de la future mariée : le royaume de Naples. Dans la lancée, François signe le concordat de Bologne avec le pape Léon X : le roi de France avait désormais autorité pour nommer les évêques, les archevêques et les cardinaux en France... Ce concordat tiendra jusqu'à la Révolution française.

La bataille de Marignan en 1515

La bataille de Marignan en 1515

Tout commence bien pour François... mais les choses se gâtent vite ! En 1519, Maximilien Ier, Empereur du Saint Empire germanique et grand-père de Charles Ier, décède... Ce dernier est le favori pour lui succéder. Cependant, être Empereur du Saint Empire n'est pas affaire de filiation... mais de vote ! Charles est roi d'Espagne depuis 1516 ; il règne sur les Pays-Bas : François n'a pas du tout envie de le voir aussi sur sa frontière est... Il postule également... sauf qu'à ce petit jeu, c'est le plus riche qui gagne ! Il est en effet fréquent, pour ne pas dire usuel, qu'un postulant achète ses votes auprès des sept princes électeurs allemands ! Charles l'emporte : soutenu par un richissime banquier allemand, il bénéficie aussi de l'or pillé dans les nouveaux territoires sud-américains colonisés au nom de la couronne espagnole. Charles Ier d'Espagne devient Charles Quint, Empereur du Saint Empire germanique, le 28 juin 1519.

L'ennemi juré de François Ier : Charles Quint

L'ennemi juré de François Ier : Charles Quint

François Ier est désormais au pied du mur : il lui faut un allié... Henri VIII d'Angleterre, pourquoi pas ? Les deux jeunes souverains se rencontrent courant mai 1520 près de Boulogne sur mer, au «Camp du drap d'or». De l'extravagance, des «villes» «bâties» en tissus précieux, une débauche d'élégance, des festins gargantuesques, des bals et des tournois sont au programme : François déploie tout le faste possible pour amadouer Henri... Les deux souverains se jurent une amitié fidèle... Quinze jours plus tard, Henri s'allie à Charles Quint ! La France, désormais seule face à une Europe unie, ne peut accepter la toute-puissance de l'Empereur... François lui déclare la guerre. Mal lui en prend ! Dès 1521, tous les clignotants passent au rouge : les défaites se succèdent, son fidèle Bayard est tué, le Milanais est perdu, le Connétable Charles de Bourbon passe du côté de l'ennemi... François décide une contre-offensive : le 24 février 1525, son armée qui a de nouveau traversé les Alpes, se retrouve devant Pavie... C'est un véritable désastre ! Le roi lourdement défait remet son épée à l'ennemi : il reste prisonnier à Madrid pendant plus d'un an, jusqu'à la signature d'un accord de paix au cours duquel la France est obligée de restituer la Bourgogne, la Flandre et le Milanais à Charles Quint ; de plus, le dauphin François et son frère Henri de France, le futur Henri II, sont gardés comme otages dans la capitale espagnole.

La rencontre de François Ier et d'Henri VIII en 1520 au camp du drap d'or

La rencontre de François Ier et d'Henri VIII en 1520 au camp du drap d'or

De retour en France, François s'empresse de renier le traité signé sous la contrainte... La légitimité de son propos est accentuée par le refus des bourguignons de changer de couronne. Dès lors s'engage une guerre larvée de trois ans qui se termine officiellement par le traité de Cambrai en 1529 : François Ier dont la femme est décédée quelques années auparavant, se remarie avec Éléonore de Habsbourg, la sœur de Charles. La France perd l'Artois et les Flandres, renonce à l'Italie... et débourse 2 millions d'écus pour récupérer les deux enfants royaux otages à Madrid depuis trois ans. Pourtant, la paix est trompeuse : François Ier en effet ne rate pas une occasion de déstabiliser son adversaire par exemple en soutenant les révoltes des princes allemands protestants en lutte contre l'Empereur. Pire : la France trouve un solide appui en la personne de Soliman le Magnifique, le sultan de l'Empire ottoman... Ce dernier avait menacé Vienne quelques années plus tôt... Quelle alliance scandaleuse pour un «roi si chrétien» ! Finalement, les hostilités ne prennent fin qu'en 1544 avec le traité de Crépy : après un quart de siècle de guerres intestines, les deux souverains ont enfin compris que leurs forces ne faisaient que se neutraliser... François Ier s'éteindra le 31 mars 1547 après avoir été l'un des instigateurs d'un conflit de deux siècles qui verra la France lutter sans merci contre les puissances espagnoles et autrichiennes.

Le sultan ottoman Soliman le Magnifique

Le sultan ottoman Soliman le Magnifique

Néanmoins, si la politique extérieure de François Ier reste controversée, sa politique culturelle l'est nettement moins : son règne reste d'abord marqué par un formidable brassage d'idées regroupées au sein de ce que l'on appelle la «Renaissance française». Débutant en Italie au milieu du XVème siècle, ce courant intellectuel et artistique n'a eu que très peu d'emprise sur Charles VIII et Louis XII, les deux prédécesseurs de François qui ont pourtant passé beaucoup de temps dans le pays durant leurs expéditions italiennes. Avec François Ier, les choses changent radicalement puisque dès le début de son règne, suite à Marignan, c'est Léonard de Vinci et sa Joconde qui rejoignent la cour de France. Suivront d'autres artistes italiens tels que l'orfèvre Benvenuto Cellini ou encore Le Rosso et Primatice qui seront en charge de la décoration du Château de Fontainebleau. Le domaine des Lettres n'est pas en reste : François Ier mais aussi sa sœur Marguerite et d'autres grands du royaume, protègeront des poètes, humanistes ou écrivains comme Clément Marot, Guillaume Budé ou François Rabelais... La voie du mécénat royal est désormais ouverte.

D'autre part, conscient des progrès de l'imprimerie et de l'inévitable multiplication des livres, François Ier interdit de «vendre ou envoyer en pays étranger, aucuns livres ou cahiers en quelques langues qu'ils soient, sans en avoir remis un exemplaire ès mains des gardes de la Bibliothèque Royale» : c'est la naissance de la Bibliothèque nationale. Côté Éducation, en dehors de la multiplication des établissements scolaires, c'est, en 1530, la naissance du Collège de France dans lequel quelques privilégiés approfondissent l'étude des langues anciennes et des mathématiques. Enfin, c'est à François Ier que l'on doit de parler notre langue française : il signe en effet, à Villers-Cotterêts en 1539, l'ordonnance qui fait du français la langue exclusive de l'administration et du droit... Le même document impose aux prêtres d'enregistrer les naissances et de tenir à jour le registre des baptêmes : notre État-civil vient de naître.

Une salière conçue par l'orfèvre Benvenuto Cellini

Une salière conçue par l'orfèvre Benvenuto Cellini

Mais si on devait retenir une seule chose du règne de François Ier, c'est sa folie bâtisseuse... car c'est bien sous son impulsion que les châteaux fortifiés du Moyen Âge sont passés aux oubliettes ! La cour est tout d'abord transportée dans le Val de Loire où François a passé son enfance. Le château de Blois subit des transformations draconiennes : il intègre désormais des innovations architecturales venues d'Italie et affiche un magnifique escalier extérieur qui donne le ton. Puis vient le temps de la démesure : le chantier du château de Chambord est lancé en 1520... Le gros du chantier ne se terminera que vingt ans plus tard. Par la suite, chaque grand du royaume tentera de rivaliser avec le roi en construisant de merveilleux palais : le Val de Loire est depuis, un formidable terreau pour ces nobles demeures. Mais le reste de la France n'est pas en reste de cette folie bâtisseuse. En 1546, Pierre Lescot commence les transformations du Louvre à Paris : elles dureront plus de trois siècles ! Après la découverte du Canada par Jacques Cartier, il faut un port digne de ce nom au royaume : Franciscopolis voit le jour en 1517... elle est désormais plus connue sous le nom du Havre. Enfin, le clou : le château de Fontainebleau ... François Ier en fera l'une de ses demeures favorites, eu égard à la chasse qu'il adore tant, et n'aura pas peur d'y dépenser des sommes colossales pour qu'il devienne l'une des principales références de la Renaissance française.

Sa demeure favorite : le château de Fontainebleau

Sa demeure favorite : le château de Fontainebleau

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