Science contre religion

Le fil des évènements...

U ne chape de plomb a recouvert l'Europe. Au Moyen-Âge, la religion écrase tout, les sciences comme le reste. Pourtant, en dépit de cette redoutable période d'inquisition, certains vont défier les autorités ecclésiastiques. C'est d'abord le courant humaniste qui apporte du renouveau dans les modes de pensée. Parti d'Italie au XIVème siècle, ce courant remet l'Homme au centre du monde et part du principe que ce dernier dispose de capacités intellectuelles illimitées : les humanistes encensent ainsi la quête de la connaissance dans tous les domaines. Ils prônent à cet effet l'éducation et la vulgarisation des savoirs : pour eux par exemple, la Bible doit être compréhensible par le commun des mortels... Elle doit donc être traduite en plusieurs langues au lieu de se cantonner au latin. Pour les humanistes, le fait que l'Homme accède à la connaissance lui permet de rester libre et pleinement responsable de ses choix et de ses actes : le libre arbitre, la tolérance, l'ouverture ou la curiosité sont clairement des valeurs humanistes... assez opposées à celles prônées par l'Église catholique ! Ce courant va s'exprimer dans une multitude de domaines dont la philosophie, le langage, les sciences, l'éducation... mais aussi la religion et la politique. Ainsi, plusieurs humanistes graviteront dans les plus hautes sphères de l'État à l'image d'Érasme aux Pays Bas, Thomas More en Angleterre, Machiavel en Italie ou encore Guillaume Budé en France. D'autres comme Rabelais, s'exprimeront à travers leurs œuvres, s'attirant bien souvent les foudres des autorités.

L'Inquisition

L'Inquisition

Cependant, les idées humanistes restent cantonnées dans un petit cercle d'initiés jusqu'à l'invention qui a bouleversé le Monde : l'imprimerie... Son essor va développer de manière phénoménale la circulation des idées grâce à la masse de livres qui sera mise à la disposition du plus grand nombre. Au Moyen-âge, seuls les lettrés étaient capables d'écrire des livres. Pire : eux seuls savaient les lire ! Chaque ouvrage était une pièce unique dont la confection prenait plusieurs mois. Au début du XVème siècle, des bois gravés commencent à être utilisés, mais c'est l'allemand Johannes Gensfleisch alias Gutemberg qui vers 1450, a l'idée d'utiliser des caractères mobiles en plomb pour «composer» son texte. Par la suite, il utilise une presse et une encre spéciale pour l'imprimer sur papier : sa première Bible sort en 1453. On peut désormais éditer le même texte à plusieurs centaines d'exemplaires à moindre effort : les livres vont devenir l'instrument tant attendu par les élites.

La Bible de Gutemberg

La Bible de Gutemberg

Parmi les sujets qui préoccupent les humanistes, il y a la place de l'Homme dans l'univers. Pour les Anciens, la Terre est plate et beaucoup se demandent ce qu'il y a «aux extrémités». Pourtant, depuis Ptolémée, un astronome grec de l'Antiquité, un certain nombre de scientifiques connaissent la forme sphérique de notre planète. En revanche, ils croient tous que le soleil tourne autour d'une Terre qui reste fixe. Or, les récits et observations des voyages des premiers explorateurs du XVIème siècle et tout particulièrement le bouclage du premier tour du monde par Magellan en 1522, ont mis à mal ces thèses. Pour la première fois en 1543, un astronome polonais, Nicolas Copernic , ose soutenir que c'est le soleil qui est fixe et que la Terre tourne autour comme les autres planètes... Mais il ne s'agit là que d'une théorie : les instruments qui accréditeront sa thèse ne seront inventés qu'une cinquantaine d'années plus tard. Il commet cependant deux erreurs. En effet, le soleil n'est pas fixe et joue sa propre partition, comme les autres étoiles, au sein d'un univers infini. De plus, la rotation de la Terre autour de l'astre n'est pas circulaire mais elliptique... Deux vérités qui seront vérifiées un demi-siècle plus tard par Johannes Kepler, Giordano Bruno puis Galilée un peu plus tard.

«La Terre tourne autour du Soleil» - N. Copernic

«La Terre tourne autour du Soleil» - N. Copernic

Un autre sujet qu'affectionne particulièrement les humanistes et scientifiques en tous genres : la médecine. La création au XIIIème siècle de facultés de médecine comme à Montpellier attire énormément d'étudiants européens en France. Pourtant, en ce début de XVIème siècle, force est de constater que cette science en est à peu près au même point qu'à l'époque romaine ! La faute à quoi ? L'interdiction de dissection édictée par l'Église depuis le Haut Moyen-âge est probablement l'une des raisons de cette stagnation intellectuelle.

La connaissance de l'anatomie au Moyen-Âge

La connaissance de l'anatomie au Moyen-Âge

À cette époque, tout est bon pour se «procurer cadavres frais» : les condamnés à mort, les suicidés... si possible «en bon état»... À Paris, seuls quelques privilégiés triés sur le volet parmi les chirurgiens, sont autorisés à disséquer quatre cadavres «officiels» par an ! En 1543, un homme brave le tabou : il s'agit d'André Vésale, un scientifique allemand. Il pratique des dissections dans un amphithéâtre à Padoue devant un parterre d'étudiants et écrit un essai d'anatomie qui fera date. En France, Ambroise Paré est considéré comme le père de la chirurgie moderne. Ayant appris «sur le tas» au cœur des champs de bataille, il clame haut et fort la dangerosité de la cautérisation des plaies au fer rouge et défend la ligature des artères. Chirurgien personnel de Charles IX puis d'Henri III malgré sa confession protestante, il rédige plusieurs ouvrages de référence. En ce milieu de XVIème siècle, la hiérarchie hospitalière et l'enseignement en médecine se mettent en place dans le royaume.

Les ouvrages de médecine d'Ambroise Paré

Les ouvrages de médecine d'Ambroise Paré

Outre les Arts, la Renaissance a entraîné une véritable libération dans les domaines des idées et des sciences... L'Europe semble sortie de la longue période obscurantiste moyenâgeuse. Pourtant, cette recherche effrénée de la vérité scientifique n'est pas encore dans toutes les têtes, loin de là : pendant encore plus de deux siècles, les chasses aux sorcières seront encore monnaie courante et nombreuses seront les victimes «un peu trop curieuses» des tribunaux et des bûchers ecclésiastiques.

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