La folie bâtisseuse

Le fil des évènements...

D ix châteaux... Nous ne retiendrons ici que dix des plus magnifiques châteaux parmi le nombre considérable que compte la vallée de la Loire entre Sully sur Loire à l'est et Saumur à l'ouest. Pourtant, chacun d'eux est un bijou de notre patrimoine. En cette fin de XVème siècle, la guerre a changé de visage et les cent ans de féroces batailles entre Anglais et Français ont amélioré les armes de guerre, l'artillerie notamment : désormais, faire le siège d'une ville ne consiste plus à simplement à encercler la cité et à tenter quelques assauts meurtriers... Les bombardes imprécises et dangereuses pour ceux qui les manipulent, ont laissé place aux couleuvrines, plus précises et beaucoup plus destructrices... À l'aube du XVIème siècle, les châteaux forts tels qu'ils étaient construits au Moyen-Âge, ne protègent plus des éventuels assaillants.

Beauté et raffinement

Beauté et raffinement (Azay le rideau)

Par ailleurs, une mode architecturale vient de l'Italie du Quattrocento : elle est véhiculée dans le royaume de France au travers des campagnes d'Italie de Charles VIII, Louis XII et François Ier. Loin du gothique flamboyant et de sa folie des hauteurs vertigineuses que la plupart des pays occidentaux ont adopté, l'Italie célèbre l'élégance et l'antiquité : les premiers édifices de type Renaissance apparaissent au milieu du XVème siècle. Reconnaissables par leur souci de recherche de symétrie, d'harmonie dans les proportions et de régularité dans les plans, ils mettent en scène de nouveaux motifs sculpturaux à l'image des colonnes doriques , ioniques ou corinthiennes, remettent au goût du jour des formes ancestrales comme les voutes dites en plein cintre ou les coupoles, et apportent la modernité avec l'usage de fenêtres en remplacement des vitraux. Mais que seraient les murs sans leur ornement ? La sculpture et la peinture sont leurs alter egos naturels.

Un style à la française

Un style à la française (Ussé)

En France, le premier château reconnu comme étant de style renaissance est celui de Gaillon en Normandie. Puis rapidement, ce style est adopté pour les demeures royales de Blois ou d'Amboise. Enfin, c'est l'intégralité du Val de Loire et une partie de l'Île de France qui voient s'édifier de magnifiques demeures pour les plus nobles et les plus riches. Le style est manifestement issu de la Renaissance italienne ; pourtant, on ne peut s'empêcher de pointer des différences notables entre celle-ci et ce qui se fait en France, différences qui sont souvent dues au pragmatisme des architectes... En témoignent par exemple la présence de toitures très pentues censées faciliter l'écoulement des eaux de pluie... les palaces italiens disposant pour leur part d'un toit généralement assez plat ! D'abord venus d'Italie à l'image de Léonard de Vinci, de Benvenuto Cellini, de Rosso Fiorentino ou de Primatice, les artistes et architectes français ont rapidement su trouver leur place, à l'image de Pierre Lescot qui travaille sur les aménagements du Louvre ou encore Philibert Delorme ou Jacques Androuet du Cerceau que l'on retrouve à l'œuvre dans bon nombre de monuments... À partir de la seconde moitié du XVIème siècle, la voie de la «Renaissance à la française» est tracée : elle débouchera moins d'un siècle plus tard, sur le Classicisme duquel le château de Versailles se réclamera.

Les châteaux du Val de Loire

Les châteaux du Val de Loire

Amboise

La position est privilégiée depuis l'époque romaine pour sa position stratégique qui en fait un site difficile à assiéger : aux abords de l'an Mil, Amboise est l'une des places les mieux protégées de l'ouest du pays. Confisqué aux seigneurs d'Amboise par le pouvoir royal en 1434, le château devient une possession royale. Garantissant parfaitement la sécurité de ses habitants, Louis XI y loge son fils, le futur Charles VIII : y ayant demeuré toute son enfance, Amboise devient la résidence principale du pouvoir royal lorsque celui-ci accède au trône : le château est alors remanié et quelques artistes italiens sont invités à y exercer leurs talents.

Château d'Amboise

Une collection privée de livres y est entreposée dans la librairie : ce sont les prémices de la future Bibliothèque nationale. Après le décès accidentel de Charles VIII en 1498 quand il heurte un linteau, Louis XII son successeur continue les aménagements du site dans le style Renaissance mais lui préfère Blois. Le futur François Ier y passe aussi une partie de sa jeunesse. Pourtant, après son couronnement, il se désintéressera peu à peu du château, lui préférant Blois puis Chambord et Fontainebleau... Il logera cependant Léonard de Vinci à proximité, au Clos-Lucé, où le vieil homme terminera sa vie. Amboise sera en 1560, le lieu dans lequel sera organisée la conjuration d'Amboise, prélude aux guerres de religion qui ensanglanteront la France durant plus de trente ans.

Blois

Ancienne place forte dans le Haut Moyen-Âge, la forteresse accueille les très puissants comtes de Blois aux X et XIème siècles. En 1392, elle est vendue à la famille d'Orléans, la branche royale cadette... Cette dernière entreprend des travaux destinés à le rendre plus habitable et commence à y organiser des festivités culturelles... Lorsque Louis d'Orléans devient Louis XII après la mort accidentelle de Charles VIII, le château de Blois devient résidence royale au détriment d'Amboise.

Château de Blois

Au début des années 1500, il fait entreprendre des travaux : Blois devient la résidence d'hiver du roi de France et à ce titre, accueille plusieurs hôtes de marque. François Ier continue les travaux sur la lancée de son prédécesseur : il ajoute une aile de style Renaissance et un magnifique escalier, l'un des ornements majeurs du site. Pourtant, dès 1524, François se détourne de cette résidence au profit de Fontainebleau : Blois reste cependant la «pouponnière» royale où sont élevés les enfants royaux. De même, il continue à accueillir des Grands d'Europe tel que Charles Quint en 1539. Il reste résidence royale durant les guerres de religion : c'est ici qu'est assassiné le duc de Guise en 1588 et que Catherine de Médicis meurt quelques jours plus tard.

Langeais

La forteresse située sur un petit promontoire surplombant la Loire est un ouvrage de défense construit au Xème siècle par les comtes d'Anjou. Durant le Moyen-Âge, il voit passer des têtes couronnées comme Philippe Auguste ou Richard Cœur de Lion, mais il est détruit par les Anglais durant la guerre de Cent ans. Reconstruit en 1465 par Louis XI en contrebas de l'ancienne forteresse, le château est achevé quatre ans plus tard. Il représente parfaitement, d'un point de vue architecture, le tournant qui s'est opéré à la fin du XVème siècle : c'est encore un château fort avec son chemin de ronde, ses mâchicoulis et son pont levis, mais sa façade ouest et son jardin en font l'un des premiers châteaux de style Renaissance. Un évènement marquant s'est déroulé dans ses murs en cette fin de XVème siècle : le mariage du roi Charles VIII avec Anne de Bretagne... Le peuple breton était désormais français.

Château de Langeais

Chaumont sur Loire

Au Xème siècle, le château de Chaumont sur Loire est une forteresse destinée à protéger la ville de Blois contre les attaques des voisins Angevins : il reste la propriété de la famille d'Amboise jusqu'en 1465, date à laquelle suite à une trahison, le roi de France Louis XI ordonne sa destruction. Rentrée en grâce quelques années plus tard, la famille d'Amboise est autorisée à reconstruire le château : en 1481, Chaumont ressemble encore beaucoup à un château fort avec pont-levis, deux grosses tours rondes massives, un chemin de ronde et des mâchicoulis. Cependant, au début du XVIème siècle, le nouveau maître des lieux est ministre du roi Louis XII : le château prend alors une allure Renaissance mais conserve sa touche fortifiée originelle.

Château de Chaumont sur Loire

En 1550, le château est acheté par la reine Catherine de Médicis, la femme d'Henri II, sur ses propres deniers. Mais elle est jalouse de la favorite de son mari, Diane de Poitiers, dont elle convoite le palais de Chenonceau que le roi a offert à cette dernière en 1547. En 1559, après la mort du roi, Catherine propose purement et simplement à Diane d'échanger les palais : Diane estimant qu'elle n'a désormais plus grand poids, accepte et devient la châtelaine de Chaumont sur Loire. Aujourd'hui, hormis le charme moitié renaissance, moitié médiéval du château, le superbe parc accueille chaque année depuis 1992, un festival de jardins au cours duquel des artistes paysagers rivalisent d'audace et de raffinement.

Chenonceau

Le premier château édifié sur le site date du XIIIème siècle et est destiné à gérer le trafic sur le Cher qui le jouxte : ce fleuve est à l'époque une route commerciale importante. Durant la guerre de Cent ans, le maître des lieux soutient les Anglais... Bien mal lui en prend puisqu'en 1411, les Français prennent le site et rasent l'édifice. Une autorisation royale permet sa reconstruction en 1432 : il renaît alors en château féodal classique. Racheté par une riche famille proche de la royauté, les nouveaux propriétaires entreprennent de nombreux travaux jusqu'en 1521. Le site prend alors globalement l'aspect qu'il a aujourd'hui à l'exception d'un «détail» qui fait tout son charme : le «pont-galerie» engendrant le Cher. Cependant, ces propriétaires sont convaincus de détournement de fonds : criblés de dettes, leurs héritiers doivent céder le château au roi... Chenonceau devient demeure royale.

Château de Chenonceau

Mais François Ier est plus intéressé par Fontainebleau et Chambord : le château tombe en désuétude et il faut attendre 1547 pour qu'il sorte de sa torpeur, le nouveau roi Henri II en faisant cadeau à sa favorite Diane de Poitiers. Dès lors, il se transforme peu à peu, s'orne de jardins et se dote du pont de Diane qui relie les deux rives du fleuve. Peu après le décès accidentel de Henri II en 1559, la reine Catherine de Médicis «force» Diane de Poitiers à échanger sa demeure contre son propre château de Chaumont sur Loire. Dès lors, Chenonceau reçoit les Grands d'Europe... Il doit donc rivaliser avec les plus magnifiques palais du continent. En 1576, Catherine décide d'entreprendre... Deux galeries superposées sont construites au-dessus du pont : l'espace devient ainsi une salle de réception unique au monde... Chenonceau a désormais l'aspect que des millions de visiteurs admirent aujourd'hui.

Valençay

Pourtant situé dans le Berry, pas loin de Bourges, ce château peut être considéré à maints égards, comme un château de la Loire. La transformation de la forteresse du XIème siècle débute en 1520 : le vieux manoir est rasé pour laisser la place à un château moderne. Après une pause de près d'un siècle, les travaux reprennent dans le style classique en vogue au XVIIème siècle : Mademoiselle de Montpensier y séjourne quelques temps et en laisse un souvenir ému dans ses mémoires. En 1803, le château est acquis par Charles-Maurice de Talleyrand alors chef de la diplomatie de Napoléon Bonaparte. Ce dernier lui aurait dit : «Je veux que vous ayez une belle terre, que vous y receviez brillamment le corps diplomatique, les étrangers marquants»... Talleyrand restera le bienfaiteur de la région durant la fin de sa vie.

Château de Valençay

Azay le rideau

La première forteresse médiévale construite sur le site au XIIème siècle protège la route de Tours à Chinon : les propriétaires passés du côté anglais durant la guerre de Cent ans, la place est brûlée par les troupes françaises en 1418. Le domaine est acquis à la fin du XVème siècle par un proche du roi : un château est alors reconstruit en 1523 mais à peine achevé, le propriétaire est convaincu de trahison... Le site est confisqué par le roi qui l'offre à l'un de ses compagnons d'armes à la bataille de Pavie. Le château a alors son aspect actuel en «L» qui le rend si spécial : Balzac le qualifiera de «diamant taillé à facettes serti par l'Indre».

Château d'Azay le rideau

Ussé

Construit à un emplacement stratégique contrôlant la route de Chinon, le château féodal est construit en 1424, en plein cœur de la guerre de Cent ans. Le propriétaire des lieux épouse la fille du roi Charles VII et de sa favorite Agnès Sorel et reçoit une dot lui permettant de se lancer dans des travaux. Le propriétaire suivant continue ces travaux jusqu'en 1538 et font d'Ussé un château moitié Moyen-Âge, moitié Renaissance. Au début du XVIIIème siècle, Charles Perrault y sera reçu plusieurs fois à dîner... On dit qu'il se serait inspiré du site pour sa «Belle au bois dormant»... Une scène du conte est d'ailleurs reproduite dans l'une des pièces du château.

Château d'Azay le rideau

Chambord

Comme beaucoup de ses semblables, le château n'est qu'une forteresse durant le Moyen-Âge. Passé dans le giron de la famille d'Orléans en 1397, il devient résidence royale lorsque Louis XII accède au trône en 1498. En 1515, François Ier devient roi : il aime la chasse et voit dans le domaine de Chambord, un fabuleux terrain de jeu... En 1519 commence un chantier pharaonique qui ne prendra forme qu'une vingtaine d'années plus tard. Selon certains, Léonard de Vinci aurait participé à l'esquisse du nouveau bâtiment avant de mourir. Il est en tout cas acquis qu'il avait dessiné les plans de l'escalier hélicoïdal qui fait aujourd'hui la fierté du château.

Château de Chambord

En 1539, le palais n'est pas encore achevé. Pourtant François Ier ne résiste pas à la tentation d'en vanter la magnificence : Charles Quint qui cette année-là, une fois n'est pas coutume, n'est pas en conflit avec François, est invité à passer une nuit au château... La même année, il passera une autre nuit dans une autre merveille du roi de France : le château de Fontainebleau. Prodigieux... C'est là l'un des qualificatifs qui conviendrait au site : 156 mètres de façade, 426 pièces, 77 escaliers, 282 cheminées, 800 chapiteaux sculptés, 220 000 tonnes de pierres et 50 km2 de parc forestier entouré d'une clôture de 32 kilomètres... Chambord est l'un des châteaux de la Loire les plus courus par les touristes aujourd'hui.

Villandry

L'ancienne forteresse moyenâgeuse est détruite en 1532 et laisse la place à un pur produit de la Renaissance : le château actuel construit par un ministre des finances de François Ier, est d'ailleurs l'un des derniers à être construits dans cette région. L'une des particularités de ce palais sont ses jardins à la française du XVIème siècle. Divisés en quatre terrasses, «le jardin du soleil», «le jardin d'eau», «le jardin d'ornement» et le potager décoratif, ils ont reçu le label de «Jardins remarquables».

Château de Villandry

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