La Bible, rien que la Bible...

Le fil des évènements...

L a rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l'action de l'Église, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité, le trésor des satisfactions du Christ et des saints»... Ainsi parle le Code de droit canonique. En clair, si vous commettez un péché dont les conséquences sont mineures et déjà passées, l'Église pourra vous le pardonner pour peu que vous vous amendiez... d'une manière ou d'une autre ! On appelle cela les «indulgences». Elles sont pour l'Église, le pendant de l'absolution pour Dieu, et sont aussi valides pour «raccourcir» la durée que l'âme d'un pécheur devra passer au purgatoire pour y purger ses fautes avant de monter au paradis. À l'aube du XVIème siècle, certains nobles en font de «véritables collections» à l'image d'un prince allemand qui, dit-on, possédait 17 443 reliques censées lui épargner 128 000 années de purgatoire !

Le purgatoire

Le purgatoire

L'Église en question, c'est la Sainte Église catholique romaine. Problème : au fil du temps, ces «remises de peine» ont commencé à se monnayer ! Ainsi, l'une des tours de la cathédrale de Rouen tire son nom des dérogations accordées pour avoir le droit de consommer des matières grasses durant le carême... Elle est appelée « la tour du beurre» ! En dehors de ce que l'on pourrait communément qualifier de corruption, le XVIème siècle débute avec un pape à la réputation sulfureuse : Alexandre VI Borgia... À tort ou à raison, lui et sa famille sont accusés d'empoisonnements, d'inceste, de fratricide, de polygamie... Peu reluisant pour le représentant des Catholiques. Il convient cependant de relativiser les méfaits attribués aux Borgias : le XIXème siècle et sa fâcheuse tendance à réécrire l'Histoire sont passé par là... ! Toujours est-il que le commun des mortels en ce début de siècle, s'il s'interroge un tant soit peu, constate deux poids deux mesures à propos de la pratique de la religion : les petites gens suivent le dogme de manière assidue tandis que certains nantis et autres religieux ont les moyens de s'en accommoder, voire d'en profiter.

Martin Luther

Martin Luther

Les premières critiques de ce système dévoyé paraissent dès la fin du XIVème siècle en Angleterre ou en Bohème mais elles ne sont suivies que de peu d'effets. En 1515, le pape Léon X autorise une nouvelle «vente» d'indulgences pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome... C'en est trop ! Un moine allemand, Martin Luther, écrit ses « 95 thèses» dans lesquelles il rappelle que, selon la Bible, seul Dieu peut accorder son pardon aux pécheurs. Soucieux de faire valoir son autorité suprême, le pape condamne ses écrits : Luther est enjoint de se rétracter, ce qu'il refuse... Le 3 janvier 1521, il reçoit la bulle papale lui signifiant son excommunication. Il est convoqué la même année devant la diète, l'une des plus hautes instances étatiques du Saint Empire germanique de Charles Quint : «À moins qu'on me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes, je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités et ma conscience est captive de la parole de Dieu»... Sa mise au ban de l'Empire est prononcée. Trouvant alors du soutien parmi des nobles qui partagent ses vues, il se met à écrire une Bible en allemand... Dorénavant, des milliers de croyants peuvent lire les Écritures dans leur propre langue : il s'agit là d'un acte fondateur aussi bien pour la nouvelle religion que pour la langue allemande... Peu à peu, la Réforme se répand à travers l'Empire et aux frontières... Charles Quint, empêtré dans ses guerres contre François Ier, est incapable de juguler la menace. En 1529, il tente néanmoins de reprendre la main mais se heurte à six princes qui «protestent» officiellement contre l'Empereur : la religion «protestante» vient de naître... Il revient à Luther de l'organiser et de lui inventer une liturgie propre. Entre autres différences avec le catholicisme, on notera l'absence du culte envers la Vierge, l'interdiction de représenter Dieu, l'élection des pasteurs et la possibilité pour eux de se marier, l'importance cruciale du chant dans les messes ou encore la prédominance du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel... Il ne s'agit rien de moins que d'un retour pur et dur à l'esprit originel de la Bible.

La Bible de Martin Luther

La Bible de Martin Luther

En Angleterre cette fois, c'est Henri VIII qui fait parler de lui. Marié à Catherine d'Aragon, n'ayant pas encore de descendant mâle et tombant sous le charme d'Anne Boleyn, l'une des dames d'honneur de la reine, il demande l'annulation de son mariage au pape... mais ce dernier ne le voit pas ainsi et refuse. Toutefois, Henri passe outre et épouse Anne : ce geste lui vaut son excommunication. Qu'à cela ne tienne : Henri renie l'autorité papale... Désormais, le souverain anglais sera le chef des croyants de l'Église Anglicane... Cette dernière se situe à mi-chemin entre le Catholicisme et le Protestantisme.

Mais plus fort qu'Henri VIII et Luther : le français Jean Calvin. Rompant avec l'Église catholique romaine en 1530, il se lance quelques années plus tard dans l'écriture de son œuvre maîtresse, «L'institution de la religion chrétienne». Il affirme encore plus haut que Luther, la souveraineté absolue de Dieu : l'Homme est selon lui une créature déchue qui doit constamment vivre dans la crainte de Dieu. En 1536, le conseil de Genève qui a introduit la Réforme dans la cité, fait appel à Calvin pour organiser le culte : rigide voire intégriste, Calvin va jusqu'à interdire le jeu, le vagabondage, l'ivrognerie ou encore la danse... Il sera renvoyé au bout d'une année mais sera curieusement rappelé trois ans plus tard : le Calvinisme devient alors une référence pour la Réforme en Europe... Genève est sa «petite Jérusalem».

Jean Calvin

Jean Calvin

Le 22 mai 1542, l'Église catholique réagit enfin : le pape Paul III convoque le 19ème concile œcuménique : le concile de Trente. Il s'agit de provoquer une «contre réforme» et de répondre point par point aux thèses de Luther. Ce concile s'étalera sur 18 ans et couvrira cinq pontificats. À son terme, la plupart des dogmes prônés par l'Église catholique seront confirmés mais l'hémorragie des fidèles vers la religion réformée sera ralentie. Quasiment en parallèle, en 1537, naît un ordre religieux chargé de développer l'évangélisation des populations, tout particulièrement dans les nouveaux territoires colonisés en Amérique : la Compagnie de Jésus autrement connue sous le nom de Jésuites.

La contre réforme

La contre réforme

Calvin gère Genève, certes, mais son rêve secret est de convertir la France, «la fille aînée de l'Église catholique» ! À partir des années 1520, la Réforme n'épargne pas la France, mais curieusement, à l'opposé de Charles Quint, François Ier ne cherche pas à nuire aux protestants. Cependant, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, un pamphlet anticatholique est placardé dans tout Paris et dans plusieurs villes de France... L'un d'entre eux est même retrouvé sur la porte de la chambre royale : c'est «l'affaire des placards». En réponse, François réitère publiquement sa foi catholique et fait procéder à une vague d'arrestations et d'exécutions... Dorénavant, le culte protestant n'est plus le bienvenu en terre de France. En 1545, ce seront plus de 3000 protestants qui seront massacrés dans le village de Mérindol dans le Luberon. Le terreau français est désormais idéal pour Calvin : depuis Genève, il prend en charge l'organisation des protestants de France, envoie des missionnaires dans tout le pays et soutient la construction d'églises... À l'aube des années 1560, le royaume compte près de 700 églises réformées. Le 1er mars 1562 à Wassy en Champagne, l'ultra catholique duc de Guise fait massacrer une centaine de protestants qui ne faisaient que célébrer leur culte... Les guerres de religion venaient de commencer en France.

Les protestants massacrés

Les protestants massacrés

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